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Les vents de la baie (3) : le thermique

Jeudi 8 février 2018 - DBo.

Après avoir analysé les grands principes qui régissent le vent synoptique en baie de Quiberon, force est de constater que les effets thermiques sont très importants, surtout du milieu du printemps à la fin de l'été, provoquant des rotations progressives, voire des calmes plats avant une bascule très conséquente en milieu d'après-midi ! Or le Trophée des Multicoques se déroule justement fin août lorsque le réchauffement solaire est important…

Paul Ricard 1979 C. Février
Première version de Paul Ricard en 1979 avec ses bras de liaison à fort dièdre et (déjà) ses toile aérodynamiques...
© Christian Février

Quatre paramètres essentiels sont facteurs d'un effet de brise thermique : un vent synoptique faible à modéré (inférieur à 12 nœuds), une instabilité de la masse d'air, une nébulosité nulle à peu importante, une différence de température marquée (plus de 3°C) entre la terre et la mer. Rappelons que la brise thermique diurne va s'installer vers 14h TU (au moment où le soleil a dépassé le zénith, soit en milieu draprès-midi) et qu'elle tourne en suivant le mouvement apparent du soleil. L'apparition de nuages cumuliformes sur les îles, puis à l'intérieur des terres démontre que la masse d'air est instable : le soleil réchauffe le sol (plus les plages, les prairies et les vasières que les forêts) et comme la température de l'air augmente, il s'élève, se détend et se refroidit, l'humidité créant un nuage type cumulus : il y a donc un appel d'air venant de la mer.

Observer le ciel à terre

Notons que la différence de température entre la terre et la mer, nécessaire au déclenchement de la brise thermique, est d'autant plus faible que l'air est instable, c'est pourquoi le phénomène existe aussi en hiver par fort ensoleillement. L'intensité de la brise est d'autant plus grande que les écarts de température sont grands et le thermique peut atteindre 15 voire 18 nœuds au plus fort de sa phase ! L'observation des nuages à terre est donc importante car leur développement vertical qui peut atteindre 2 000 à 2 500 mètres, est signe d'une forte instabilité. Si de jour, la brise de terre est maximum en été et minimum en hiver, c'est l'inverse pour la brise de mer nocturne (même phénomène, mais cette fois, c'est la mer qui est plus chaude que la terre).

Principalement en été lorsque le centre anticyclonique est au Nord de la Bretagne, le régime des vents est de secteur Nord-Est à Est : la brise de terre nocturne renforce le vent synoptique de 5 à 7 nœuds avec une valeur maximale en fin de nuit entre 3h et 6h TU. Dans l'après-midi, la brise de mer peut annuler totalement le vent synoptique s'il est inférieur à 8 nœuds : un grand calme s'installe d'abord en milieu de baie, puis un front de brise arrive par l'Ouest plus ou moins rapidement (1/4 d'heure à une heure selon l'instabilité de la masse d'air) avec une brise thermique d'Ouest d'une dizaine de nœuds vers 14h TU, se renforçant progressivement pour atteindre jusqu'à 15 nœuds, puis tournant au Nord-Ouest jusqu'à 16h TU en mollissant ensuite rapidement. Dans le cas d'un régime synoptique d'Ouest, la brise thermique peut renforcer le vent dès 13hTU pour cumuler jusqu'à près de 20 nœuds en milieu d'après-midi.

Vents Quiberon 3 Polygone août
En août pour trois secteurs de vent, Khun-Sabin-Wisdorff ont établi des polygones de brise thermique au Talut.

Les polygones de brise

Les études A. Khun (informaticien), G. Sabin (professeur à l'ENV) et de Didier Wisdorff (ingénieur Météo France) ont permis d'affiner la connaissance de la brise thermique grâce à la construction de polygones de brise. Pour la baie de Quiberon à partir des relevés effectués au sémaphore du Talut de Belle-Île entre 1949 et 1979, les auteurs ont pu analyser l'importance de la brise thermique et déterminer sa rotation dans la journée en fonction du vent synoptique moyen. N'ont été retenus que les trois principaux secteurs de vent synoptique de la baie de Quiberon, à savoir Ouest, Nord et Est. Ces polygones de brise sont établis en mètre/seconde (1m/s = 2 nœuds) toutes les trois heures de 0h à 21h TU et construits graphiquement à partir d'un point origine zéro.

" Chaque vecteur vent a pour extrémité le point 0, le vecteur indiquant l'azimut du vent et sa longueur, la force du vent en m/s. " En l'absence de vent synoptique, la rotation de la brise s'effectue dans le sens des aiguilles d'une montre, vers la droite. A 0h TU, si la brise thermique est de secteur Nord 6 nœuds, à 12h TU, elle passe au secteur Sud-Ouest 4 nœuds, à l'Ouest-Sud Ouest à 15h TU pour 7 nœuds, à l'Ouest 10 nœuds vers 18h TU. Le polygone de brise ci-joint pour le mois d'août représente les valeurs maximales du thermique, mais le phénomène peut apparaître aussi au printemps (avril-mai) et à l'automne (septembre) lorsqu'il y a un bon ensoleillement dans la journée avec des valeurs toutefois inférieures de 30%. Les vents synoptiques de secteur Nord (340° à 20°) et de secteur Est (40° à 100°) sont les plus favorables à l'établissement d'une brise thermique puissante…



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