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A start is born !

Dimanche 5 novembre 2017 -

Pour la première fois depuis la création des courses océaniques, des multicoques se retrouvent à La Trinité/mer pour quatre jours de régates en équipage : à trois semaines du départ de l'OSTAR, la transat anglaise en solitaire entre Plymouth (Angleterre Sud) et Newport (côte Ouest des Etats-Unis), dix multicoques de course, dont cinq se préparent à la transat, et douze multicoques de croisière se confrontent en baie de Quiberon. Le prélude printanier à un rendez-vous devenu au fil des éditions incontournable…

Gauloises IV OSTAR 1980  B. Rubinstein
Gauloises IV au départ de l'OSTAR 1980 après sa victoire lors du premier Trophée des Multicoques à La Trinité/mer.
© Bernard Rubinstein

La course océanique débute réellement avec l'Observer Single-handed Trans Atlantic Race (OSTAR) organisée par le Royal Western Yacht Club of England le 11 juin 1960 : pour la première fois, cinq navigateurs solitaires s'alignent au départ devant Plymouth pour un peu moins de 3 000 milles, trois prétendants préférant rester à quai (Sayonara, Nimble, Blue Haze). Et ces cinq pionniers arrivent de l'autre côté de l'Atlantique après bien des péripéties, Francis Chichester (Gipsy Moth III) le premier après 40 jours 12 heures et 30 minutes, Jean Lacombe (Cap Horn) le dernier après 74 jours de mer !

Organisée tous les quatre ans, la deuxième édition voit déjà apparaître les premiers multicoques parmi les quinze prétendants avec les catamarans de David Lewis (Rehu Moana-7ème) et de Mike Butterfield (Misty Miller-11ème) et le trimaran de Derek Kelsall (Folatre-13ème)… Car ils sont encore peu nombreux ceux qui croient en ces voiliers plus conçus pour la croisière inconfortable dans la mer formée que pour des performances remarquables au vent de travers !

Une montée en puissance progressive

Il faut donc attendre 1968 pour que les multicoques commencent à marquer les esprits : en France, Éric Tabarly après sa victoire lors de la deuxième édition, a été frappé par les qualités du petit trimaran Folatre dessiné par Arthur Piver et mené par le Britannique Derek Kelsall futur architecte d'un trimaran de 42 pieds (Toria) sur lequel le Breton découvre ses étonnantes performances au portant ! Il se tourne alors vers André Allègre pour concevoir Pen Duick IV qui n'est malheureusement pas vraiment prêt pour l'OSTAR : après avoir percuté un cargo le lendemain du départ, c'est le régulateur d'allure qui défaille…

Mais au départ de cette troisième transat anglaise, il y a tout de même treize multicoques sur les trente-cinq partants ! Et à l'arrivée à Newport, le prao de Tom Follett (Cheers) s'adjuge la troisième marche du podium et le catamaran de Bill Howell (Golden Cockerel) la cinquième place… Et sur les dix-huit classés, un tiers sont des multicoques.

Et quatre ans plus tard en 1972, Alain Colas mène Pen Duick IV à la victoire, la première d'un trimaran sur une transatlantique quand Jean-Marie Vidal (Cap 33) prend la troisième place derrière le monocoque géant (39 mètres) de Jean-Yves Terlain, Vendredi 13. L'ère du multicoque océanique a sonné, ce que confirme la seconde place de Mike Birch (The Third Turtle) lors de l'OSTAR 1976 et la victoire du Canadien (Olympus Photo) lors de la première Route du Rhum en 1978.

Premières confrontations en équipage

Mais en cette époque de bouleversement social, économique et technologique, chacun travaille dans son coin et les échanges sont quasiment inexistants entre l'école américaine inspirée par Walter Greene, les architectes britanniques et les coureurs français. Avant 1980, il n'y a que trois courses qui se pérennisent tous les quatre ans : l'OSTAR depuis 1960, la Route du Rhum depuis 1978 et la transat en double Lorient-Les Bermudes-Lorient depuis 1979… Or aucun skipper n'a eu l'occasion de découvrir ses concurrents avant le départ ou de naviguer à bord d'un autre voilier à l'arrivée ! Tous les développements s'effectuent à l'ombre des hangars.

Alors quand Loïc Caradec co-skipper avec Alain Labbé du trimaran à foils Hydrofolie imagine un rendez-vous préparatoire aux transats, l'idée fait son chemin jusqu'à l'école d'informatique ESIEA, la Société Nautique de La Trinité/mer (SNT) et l'Union Nationale des Multicoques (UNM) : les trois structures mettent en place le premier Trophée des Multicoques du 15 au 18 mai 1980 qui devient la première confrontation des multicoques océaniques et de croisière avec vingt-deux équipages au départ.

D'ailleurs Éric Cuny en charge de l'organisation sportive de l'épreuve précise : " Le Trophée des Multicoques est une occasion de réunir croiseurs et prototypes dans une confrontation amicale et de permettre ainsi aux concurrents de mieux connaître les performances de leurs bateaux. Mais ce n'est pas seulement une course, c'est aussi un lieu de rencontre où tous les participants, amateurs et professionnels, français et étrangers, peuvent dialoguer et comparer leur différentes techniques à l'issue de chacune des épreuves. "

Éric Loizeau s'impose

Dès le premier jour, Gauloises IV le plan Newick de 13,20 mètres construit par Walter Greene dans le Maine (USA) en 1979 pour Éric Loizeau mène le bal malgré la pression du " petit " Hydrofolie alors que Paul Ricard déchire son génois et que l'Iroquois Amagour survole le débat parmi les multicoques de croisière. Après ce préliminaire, deux courses sont au programme du Groupe 1 quand le Groupe 2 enchaîne une régate et un parcours de nuit. Mais parmi les " océaniques ", Paul Ricard enroule à l'envers la bouée des Buissons entraînant dans son sillage toute la flotte… sauf celui du croiseur anglais Typhoon. Toute la flotte sauf un concurrent est disqualifiée !

Le dernier jour, le vent modéré mettait une nouvelle fois en valeur Éric Loizeau et son équipage (Gauloises IV) en Classe 1 et le tandem Alain Labbé-Loïc Caradec (Hydrofolie) en Classe 2 quand Amagour réalisait un sans faute. La dernière manche pour les " océaniques " revenait à Paul Ricard, cette fois barré par Marc Pajot en l'absence d'Éric Tabarly qui avait dû quitter La Trinité/mer : dans un tout petit air, l'équipage surprenait tout le monde en arrivant plus d'une heure avant son dauphin ! Le succès de cette première édition suscitait l'adhésion de tous les équipages et du public : l'épreuve fut ainsi pérennisée au printemps suivant…



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