© Jean-Marie Liot
© Yann Riou / Macif
© Yvan Zedda

La formule révolutionnaire

Jeudi 26 avril 2018 - DBo.

Il y a trente-huit ans débutait le circuit Formule 40, un véritable coup de pied dans le monde de la voile océanique qui va profiter pendant quatre saisons d’une multitude d’innovations techniques : gennaker, dérives foils, triple safrans, flotteurs articulés… Rachetés par les Suisses, les Formule 40 ont continué à évoluer jusqu’à Alinghi, premier du nom, en influençant la Coupe de l’America 88 et le futur circuit ORMA, tout en inspirant les Décision 35 et les X-Trem 40 !

F40 Biscuits Cantreau 3 J. Vapillon
Biscuits Cantreau 3 fut probablement le plus abouti des Formule 40 en 1988 !
© Jacques Vapillon

1984 est une année phare dans le monde du multicoque océanique : avec la première transat Québec-Saint Malo, les skippers imaginent des voiliers gigantesques dans la lignée du trimaran d’Eugène Riguidel, William Saurin. Toute une génération de maxi-multicoques de 23 à 27 mètres voit le jour avec les catamarans Charente Maritime II, Fleury Michon VII, Royale II, Roger & Gallet, Sofati, Charles Heidsieck, Formule TAG, Elf Aquitaine II, Ker Cadélac… et avec les trimarans qui se focalisent après l’apparition d’Apricot en 1985, sur 60 pieds avec Elf Aquitaine III, Fujicolor, Paragon

Mais cette démesure ne concerne que quelques coureurs et la relève issue en majeure partie de La Solitaire du Figaro, ne peut décrocher des budgets qui grimpent de manière inflationniste. Gilles Gahinet qui a déjà remporté en 1979 la Transat en double Lorient-Les Bermudes-Lorient avec Eugène Riguidel et qui terminait presque systématiquement sur le podium de La Solitaire depuis 1975, lance l’idée d’une série promotionnelle pour favoriser l’émergence de nouveaux skippers et équipiers océaniques. La taille de 40 pieds est rapidement retenue pour des raisons de coût, mais aussi pour offrir la possibilité de course hauturière en sécurité.

Data  et Fleury Michon J. Vapillon
Les deux sisterships de Pierre Le Maout et Philippe Poupon ont animé le cicuit Formule 40 en 1987...
© Jacques Vapillon

La Multi-Figaro lance la classe

En discutant avec Jean-Michel Barrault, navigateur et journaliste au Figaro, le projet commence à se concrétiser et dès 1985, Pierre Le Maout construit un catamaran de 40 pieds avant même que la jauge ne soit finalisée, pour participer à la Course de l’Europe : son catamaran sur plans Lombard Festival de Lorient ne peut rivaliser avec ses concurrents plus grands, mais démontre que le concept est viable ! Et au Grand Pavois 1985, le quotidien Le Figaro annonce la création d’une course en double : « le programme de la Multi-Figaro comprend un triangle en Manche, un parcours entre Brest et La Rochelle, deux Grand Prix de 24h comportant également une partie au large. »

Mais construire un 40 pieds pour un seul rendez-vous dans la saison ne peut permettre d’attirer les sponsors ! Avec le soutien d’Henri Bacchini de la FFV et de François Kennedy de la société audiovisuelle Idenek, Pierre Le Maout et Dominic Bourgeois avec quelques coureurs, mettent en place un circuit qui débute dès le printemps 1986 avec le Grand Prix de Brest, puis avec le Trophée des Multicoques à La Trinité/mer, et à Cherbourg, à Plymouth, à Nieuport, pour conclure avec la Multi-Figaro. La jauge se finalise avec une longueur maxi de 12,18 mètres, un poids minimum de 1 800 kg lège, une surface de voilure de 90 m2 au près et de 180 m2 au portant avec un tourmentin minimum de 8 m2.

Fleury Michon J. Vapillon
Les skippers océaniques se sont tous investis dans la Formule 40 à l'image de Philippe Poupon avec Fred Le Peutrec et Philippe Naudin.
© Jacques Vapillon

L’attrait est immédiat avec Philippe Poupon (Fleury Michon), Serge Madec (Jet 40-Multiplast), Yves Le Cornec (Idenek), Bertrand de Broc (Optique Baumont), Alain Comyn (Région Nord Pas de Calais), Jean-Luc Nélias (Colibri), Loïck Pajot (Clairefontaine), Yvon Fauconnier (GAJ), Jean Le Cam (Biscuits Cantreau), Sylvain Vergnot (Chevillot)… Avec évidemment Pierre Le Maout (CNP), le Belge Philippe Hanin (Richmond), les Britanniques Jeff Houlgrave (Promocean) et Alan Thomas (Triton), mais surtout le champion olympique Randy Smyth (The Smyth Team) qui répondent aussi à l’appel !

Ayant lu dans la presse spécialisée qu’un circuit se mettait en place, le Tornadiste américain épaulé par Cam Lewis, construit en un mois un plan Gino Morelli issu d’un moule existant de 45 pieds… Et lorsqu’il débarque en France avec son catamaran plus inspiré d’un engin de plage que d’un multicoque océanique, les Français comprennent qu’ils ont un train de retard ! Et ce, dans tous les secteurs du jeu : étraves acérées, lignes de carène tendues, absence de nacelle centrale, gennaker, mât-aile…

Formule 40 au ponton J. Vapillon
Les années 80-90 ont permis d'explorer moult voies architecturales grâce aux Formule 40
© Jacques Vapillon

Le débat trimaran-catamaran-foiler

Quatorze Formule 40 ont ainsi navigué la première saison et déjà, les architectes planchent sur la version 2 en 1987 : Nigel Irens avec le chantier Jeanneau, Jean-Marie Finot avec le Groupe Bénéteau, Gilles Ollier, Marc Lombard, Gino Morelli, Adrian Thompson, Marcel Stagnol, Éric Lerouge, Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prévost, Michel Joubert… Le concours d’innovations est lancé surtout que le circuit devient européen avec des Grand Prix à Brest, Cherbourg, Boulogne, Southampton, Nieuport, Torbole (lac de Garde), Genève, Sète pour la deuxième et dernière Multi-Figaro, Barcelone, Monaco ! Et viennent se joindre aux pionniers, Christophe Auguin, Patrick Eliès, Pierre Follenfant, Jean-François Fountaine, Yves Parlier, Roland Jourdain, Michel Desjoyeaux… ainsi qu’une forte présence étrangère avec des Britanniques, des Américains, des Belges, des Suisses, des Monégasques, des Italiens.

La mayonnaise a pris au point que les coureurs doivent se concentrer sur cette série pour espérer briller car les Formule 40 sont chronométrés jusqu’à plus de 27 nœuds ! Et de l’autre côté de l’Atlantique, l’intérêt va grandissant avec la volonté de créer un circuit américain… Près d’une quinzaine de nouveaux prototypes sont construits pour cette deuxième saison et le débat entre trimarans et catamarans prend une nouvelle ampleur avec Biscuits Cantreau 2, alors que les quelques foilers imaginés ne convainquent pas, essentiellement parce qu’ils sont plus lourds et que les foils n’apportent un plus qu’au-dessus d’une douzaine de nœuds de vent réel.

F40 Biscuits Cantreau2 1987 J. Vapillon
Biscuits Cantreau 3 au près à Torbole : ce trimaran est une redoutable machine qui truste les podiums en Formule 40...
© Jacques Vapillon

Le nouveau trimaran de Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prévost préfigure ce que vont devenir les futurs trimarans ORMA : le volume des flotteurs atteint plus de 200% de la flottabilité afin de naviguer coque centrale hors de l’eau dès dix nœuds de vent, trois safrans permettent de contrôler le bateau en toutes circonstances, les manœuvres s’effectuent sur les flotteurs, des foils à 45° et une largeur qui atteint 10,20 m augmentent la puissance dans la brise… Et suite aux conseils de Randy Smyth, les plans Finot déportent les safrans des catamarans devant les dérives, les franc-bord diminuent sensiblement, les étraves s’affinent encore alors que les gréements s’allongent pour atteindre 20 mètres de haut ! Et on voit apparaître des dérives inclinées à becquet pour faire office de foils…

(à suivre)



page supérieure