La taille idéale

Lundi 30 avril 2018 - DBo.

Deux saisons après sa création, la Formule 40 est à son apogée : les constructions se multiplient, les concepts architecturaux s’opposent, les étrangers entrent en force, le niveau s’élève encore et les régates sont de plus en plus spectaculaires. Mais l’inflation des coûts associée à un désintérêt des institutions sportives va provoquer un coup d’arrêt : le circuit s’étiole et les multicoques sont vendus essentiellement sur le lac Léman. Une nouvelle génération de 40 pieds prend la suite…

F40 Lada Poch GP Cherbourg 1987 C. Février
Les Formule 40 ont permis d'innover dans nombre de domaines, à l'image de Lada Poch à Cherbourg, ex-Jet 40 de Gilles Ollier.
© Christian Février

L’orientation hauturière est progressivement abandonnée au profit des Grand Prix qui comportent en général, trois parcours de deux heures et un côtier de six heures. Côté conception, les évolutions portent sur la rapidité de manœuvre et l’évolutivité, sur la prééminence de la grand-voile puisque le foc est réduit à 8-10m2, sur la généralisation des gennakers de plus en plus plats, sur l’hydraulique pour l’écoute de grand-voile, sur l’aérodynamisme avec des toiles qui prolongent les bras de liaison, sur les focs auto-vireurs voire sur balestron, sur les hooks de grand-voile, sur les appendices…

Bref, la Formule 40 est en effervescence au point d’être reconnue par l’IYRU (ancêtre de l’ISAF puis de World Sailing) dès 1988 en créant un Championnat du Monde de la série ! Il faut dire que l’engouement ne faiblit pas car les coureurs de talent sont présents, l’internationalisation se poursuit, les courses sont spectaculaires et le plus souvent visibles de la terre, la couverture média et télévisuelle est importante, le coût d’une saison reste raisonnable autour de 2 millions de francs (soit 300 000 €)…

F40 Fleury Michon 1987 J. Vapillon
Philippe Poupon et son équipe se sont essayés sur le circuit Formule 40 : ce catamaran est le deuxième conçu par Nigel Irens.
© Jacques Vapillon

Les Grand Prix se multiplient

Vingt Formule 40 étaient jaugés en 1987, mais de nouveaux prototypes sont déjà en construction : Ed Dubois a dessiné Full Pelt pour l’Anglais Jo Richard, les frères Gougeon ont construit Adrenalin pour Mac Kegney, un trimaran radical puisque les flotteurs sont articulés longitudinalement sur l’unique bras de liaison, VPLP lance sa version 3 de Biscuits Cantreau avec la suppression du safran de coque centrale, les échelles de rappel font leur apparition… 1988 est aussi l’année de la Coupe de l’America : pour contrer le défi lancé par les néo-Zélandais sur un monocoque de 90 pieds à la flottaison (longueur maximum selon le Deed of Gift), Dennis Conner oppose un catamaran de 20 mètres à aile rigide.

Plusieurs Formule 40 servent à entraîner l’équipage américain tandis qu’un circuit se monte sur la côte Ouest en monotype de 40 pieds avec les moules du catamaran sur plans Morelli, Nord Pas de Calais… Mais si les Anglo-Saxons (Britanniques, Américains, néo-Zélandais, Australiens…) découvrent les sensations uniques qu’offrent les Formule 40, les Français commencent à se désintéresser de la série pour se reconcentrer sur les courses océaniques en solitaire (OSTAR, Route du Rhum) ou en équipage (Québec-Saint Malo, Route de la Découverte, Tour de l’Europe).

Michel Desjoyeaux sur Biscuits Cantreau3 J. Vapillon
Avec Jean Le Cam et Roland Jourdain, Michel Desjoyeaux a été l'un des précurseurs des trimarans en Formule 40.
© Jacques Vapillon

Les trimarans s’imposent

Une dernière saison en 1989 sonne le glas de la classe malgré la construction de nouveaux trimarans qui sont désormais les plus rapides et les plus évolutifs sur ces courses courtes. Malgré la présence de Danois, de Suédois, de Britanniques, de Suisses, d’Espagnols, d’Américains… la Formule 40 s’étiole et la Fédération Internationale ne fait pas grand-chose pour sauver la mise. Tout comme les instances dirigeantes de la FFV qui pensent plus à leur confort hôtelier et aux relations avec les Anglais qu’à trouver des partenaires financiers et audiovisuels…

Après quatre années où une cinquantaine de prototypes ont été construits, le circuit prend fin alors que les impacts sur le monde du multicoque océanique sont énormes : au niveau des appendices, des plans de voilure, des manœuvres, des carènes, des foils et des dérives. Le concept qui prenait en compte le spectacle en se rapprochant de la terre et en multipliant les retransmissions télévisées, le haut niveau de compétition avec des coureurs du monde entier venant autant de la voile olympique que du grand large ou du monocoque IOR, la possibilité d’innover architecturalement dans un cadre relativement souple, la multiplication des plans d’eau dans toute l’Europe tant en Atlantique, qu’en Manche, Mer du Nord, Méditerranée et sur les lacs suisses et italiens, ne sera repris que vingt ans plus tard !

Le Léman prend le relais

Entre temps, les Formule 40 investissent le lac Léman où les Suisses s’en donnent à cœur joie en libérant la jauge : pas de contrainte de poids, pas de limitation de voilure ni de largeur avec les échelles de rappel, pas d’interdiction du carbone pour les mâts-ailes… Happycalospe est le premier des trimarans inspirés par les Formule 40 à développer ce concept extrême : il remporte par deux fois le Bol d’Or (1990-91), puis les propriétaires s’emballent avec des machines de plus en plus radicales, immensément toilées pour un poids dérisoire : Alinghi, le catamaran d’Ernesto Bertarelli, construit tout en carbone ne pèse que 1 600 kg, mesure 20 mètres hors-tout avec son bout dehors et sa queue-de-malet, porte 230 m2 de toile au près et plus de 260 m2 au portant !

F40 Suisse My Way 1987 J. Vapillon
Les Suisses sont des spécialistes des petits airs : Alinghi, rebaptisé depuis My Way, reste l'un des plus redoutables catamarans du Léman !
© Jacques Vapillon

Quatre fois vainqueur du Bol d’Or (2000 à 2003), le plan Sébastien Schmidt & Jo Richards est imbattable, ce qui lasse les autres propriétaires : ils vont imaginer un nouveau circuit dès 2004 avec des catamarans de 35 pieds, les Décision 35. Tandis que de l’autre côté de la Manche, Mark Turner reprend l’idée du Formule 40 monotype avec les X-Trem 40 en 2007… Le concept du multicoque de 40 pieds, mené par quatre ou cinq équipiers, facilement démontable et transportable, offrant des sensations exceptionnelles et des régates spectaculaires a de nouveau le vent en poupe, surtout lors de cette période de Coupe de l’America sur des catamarans à aile rigide !



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